
Amezrou, au pied du Djebel Zagora
Les Almoravides à Zagora
Tagmadert, berceau des Saadiens
Le Dra et Tombouctou
Anarchie et guerre chronique
A l’époque contemporaine
Le Dra et Tombouctou
Il est probable que la kasbah (ou qsar)
d'Amezrou est l'héritière de celle que firent édifier les Sultans
à cette époque (en particulier dans les décennies 1550-1570), parmi
toutes les places-fortes qu'ils firent bâtir de haut en bas de la
vallée, de Tamnougalt (région d'Agdz) à M'hamid. La difficulté provient
d'un changement historique dans la toponymie, qui fait que le nom
d'Amezrou n'apparaît qu'au 18e siècle, avec l'arrivée des Berbères
Ait Atta dans le Dra. Le nom de Tagmadert continue d'être utilisé,
mais il ne désigne pas une cité en particulier mais le district
qui entoure Amezrou et qui comprend une petite dizaine de qsour,
kasbah ou zaouïa. Sous les Saadiens, comme plus tard, sous les premiers
Alaouites, la vallée du Dra est unifiée et étroitement tenue sous
contrôle militaire. C'est là que le grand roi Ahmed El-Mansour (1578-1603)
rassemble 6000 hommes, 1000 chevaux, 8000 à 10 000 chameaux, tout
l'armement et l'approvisionnement nécessaire pour aller conquérir
Gao et Tombouctou.

Mausolée de Sidi Abdullah Ben Amar
Depuis fort longtemps, le Dra et le Soudan ont été
en relation, par delà l’immensité du Sahara.
Sous les Mérinides (13e - 15e), les souverains des deux bords
entretinrent de bonnes relations et les échanges culturels
et économiques devinrent substantiels. Les marchands marocains
fréquentaient les grandes destinations caravanières
de Gao et de Tombouctou où certains se fixèrent tandis
que s’y établissaient des docteurs venus d’Egypte,
de La Mecque ou de Fès. Réciproquement, c’est
à la Qaraouiyîne (éminente université islamique datant du 9e siècle) que furent formés les lettrés
soudanais, et c’est là que le plus grand d’entre
eux, Ahmed Baba « Soudani », déporté après
la conquête marocaine, tint des cours publics qui émerveillèrent
l’intelligentsia marocaine. Il séjourna aussi deux
années à Tamgroute, après la mort d’El-Mansour.
À dater de la conquête, les liens se resserreront encore
et la vallée enverra nombre de ses habitants administrer
Tombouctou. Bien que prospère, la vallée ne sera jamais
pour autant la principale bénéficiaire des richesses
qui ne feront qu’y transiter pour s’investir ailleurs…
Pour l’anecdote, signalons que l’un des fruits inattendus
et méconnus de la conquête du Soudan fut… l’usage
du tabac, lequel entra au Maroc en conquérant d’abord
le Dra !
Les Alaouites s’emparent du Dra en 1642 où ils feront,
eux aussi, construire de nombreux qsour et régner la paix
par la terreur militaire. Ce n’est plus de Tagmadert mais
d’Aghlan, à 20 km au Nord de Zagora, qu’ils administrent
le pays. Par contre, Amezrou est le siège d’un gouvernorat.
 Dar Sultan
Anarchie et guerre chronique
Par la suite, les temps furent fort troublés et la vallée
a vécu dans l’anarchie, entre qsour qui s’auto-administraient,
lef ou alliances tribales nomades qui s’en disputaient le
contrôle sur le dos des habitants. Les Drawa, qui constituent
la majorité de la population, sont des paysans et artisans
sédentaires confrontés à la nécessité de se soumettre à la
tutelle d’un groupe pour se protéger des autres, selon
un système séculaire dans la vallée. C’est
à ce prix qu’ils pouvaient protéger leurs biens.
C’est ce qui explique la co-existence dans les douars comme
Amezrou d’une majorité drawa avec une minorité
berbère et, le cas échéant, arabe.
Les habitants d’Amezrou racontent qu’ainsi, au début
du 20e siècle, confrontés aux tentatives de nomades
berbères de s’emparer du qsar, ils sont allés
chercher de l’aide au Saghro. Des familles berbères
acceptèrent de venir camper auprès des jardins et
des écluses commandant la distribution de l’eau dans
les seguias, au pied du djebel (contre un cinquième de la
récolte). Les suivants bâtirent le Qsbet Ait Hakko,
le petit ensemble de maisons qui fait face au qsar, de l’autre côté
de la route qui mène à Tamgroute et M’hamid.
L’alliance fut officiellement scellée auprès
d’un homme de loi de Tamgroute, et accomplie rituellement
par l’échange de nourrissons entre 24 femmes berbères
et 24 femmes drawa de sorte qu’ils devinssent des frères
de lait. Chacune des trois grandes familles drawa du douar a symboliquement
fusionné avec une des trois grandes familles berbères.
Les Berbères gardèrent de père en fils leur
rôle de gardiens/protecteurs des jardins jusqu’à
l’époque du Protectorat, où elle tomba en désuétude.
Des familles berbères achetèrent des terrains pour
les cultiver et certains se firent commerçants.
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