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Amezrou, au pied du Djebel Zagora
Les Almoravides à Zagora
Tagmadert, berceau des Saadiens

Le Dra et Tombouctou
Anarchie et guerre chronique

A l’époque contemporaine


Amezrou, au pied du Djebel Zagora

c’est-à-dire le qsar ou village fortifié qui en fut le seul habitat jusqu’aux années 1950, existe depuis le 18e siècle. Auparavant, la cité qui existait en cet endroit, mal protégée derrière de méchantes murailles mais en sécurité grâce au château qui la surplombait du haut de la montagne, s’appelait Tagmadert. Elle fut célèbre et fréquentée par d’importants savants, dont les mausolées - marabouts parsèment la palmeraie, car elle fut le berceau de la dynastie des Saadiens. On ne saurait minimiser non plus l’influence de Tamgroute, l’agglomération voisine, et de sa célèbre zaouïa, qui fut tout à la fois centre mystique, université, bibliothèque, auberge, refuge, puissance économique et politique…


Le qsar d'Amezrou (18e)


Amezrou est situé au pied de Tazagourte, aujourd’hui appelé Djebel ou Montagne Zagora, qui est fait d’un double sommet (1030 et 971 m) dessinant un col stratégique, à proximité immédiate du gué sur l’oued, pour les parcours tant nord-sud qu’est-ouest. Tazagourte fut au long des siècles une place-forte stratégique surplombant un carrefour important des routes nord-sud et est-ouest qu’empruntaient les caravanes du sel et de l’or qui reliaient le « Soudan » et le Sahara au Maghreb et au monde méditerranéen.

Contraignant l’oued à se resserrer pour la contourner et entrer dans la vaste vallée du Fezouata, le Djebel Zagora, a été tout au long de l’histoire envié, assiégé, investi maintes fois. Il servit de
« verrou » pour protéger l’amont contre l’aval, quand le Coude du Dra, à savoir la vallée au sud de Zagora, fut envahi par des nomades guerriers arabo-berbères, ce qu’il fut des siècles durant depuis le 13e siècle.

D’après des chroniques et légendes judéo-arabes, il se pourrait que Tazagourte ait été, au 7e siècle de notre ère, conquis par les communautés juives qui avaient colonisé le Coude du Dra. Des signes tangibles ont été retrouvés d’une présence juive au 9e siècle dans la région. Un autre trait de ces légendes est que les Juifs auraient pris Tazagourte à des autochtones de peau noire qui auraient été christianisés... En tout cas, la présence de communautés juives dans la région est attestée à l’époque des premières incursions arabes musulmanes, au début du 8e siècle.

La tradition orale fait d’ailleurs remonter à cette époque l’établissement de Zidane Ben Ahmed en provenance d’Arabie, l’ancêtre des Arabes du Dra.

Les Almoravides à Zagora

Au 11e siècle, prétextant d’un appel des habitants du Dra opprimés par l’émir de Sijilmassa (aujourd’hui Rissani), la grande cité du Tafilalet, les chefs berbères qui vont former la dynastie des Almoravides (1056-1147) s’emparent de la vallée, au départ de l’épopée qui va les mener de la fondation de Marrakech (1062) à l’Espagne. Au milieu du siècle, ils envahissent donc le Dra, massacrent ou asservissent les communautés juives et construisent une citadelle sur le djebel Zagora. Non pas au sommet, mais sur le flanc du djebel dominant l’angle nord-est, face au nord d’où pouvait venir le danger. La forteresse bloquait tout contournement de la montagne et forçait à emprunter le col. Des fouilles menées dans les années cinquante ont permis d’étayer solidement l’hypothèse que les vestiges qu’on peut toujours voir sur le flanc de la montagne sont ceux de cette forteresse millénaire, contemporaine de, sinon antérieure à, la fondation de Marrakech. Le règne des Almoravides entraîna une vague de peuplement berbère dans la vallée, et l’islamisation totale de celle-ci. Des juifs y reviendront cependant dans les siècles suivants. Des Chrétiens aussi, et des « Renégats », mais ce sera par le biais des nombreux détachements militaires des Sultans, essentiellement composés de mercenaires.



La forteresse et le Dra depuis le haut du djebel.


Face à la montagne mais au nord, cette fois, sur la rive droite de l’oued, une cité fut établie, dite de Tansita, qui était, au début du 16e siècle, d’après des témoins oculaires, le siège d’un royaume berbère indépendant du même nom, qui entretenait des relations cordiales avec le sultanat de Fès. La province était une place commerciale importante où convergeaient marchands européens et africains, et elle semble avoir gardé les moyens de son indépendance face aux tentatives de pénétration des Arabes Maâqil, grâce à une alliance avec les Portugais qui venaient de s’emparer de la plupart des ports jusqu’à Agadir et qui les fournirent en armement « moderne », arbalètes et arquebuses. Léon l’Africain a décrit le cadeau du roi de Tansita au sultan de Fès, en 1514-1515, qui comprenait, entre autres, une centaine d’esclaves et des dizaines de chameaux et d’autruches – qu’on élevait pour leur viande - et même une girafe ! La vallée qu’il décrit regorge de dattes dont se nourrissent hommes et bêtes.

Tagmadert, berceau des Saadiens

Les témoignages existent pour certifier que sur l’emplacement actuel d’Amezrou et ses environs immédiats existait au 16e siècle une cité, Tagmadert, qui fut le berceau de la dynastie saadienne (1511-1659).

En 1573, Marmol Carvajal, soldat et prisonnier d’origine espagnole, séjourne dans la vallée et décrit ainsi Tagmadert : « C’est une ville de quinze cens habitans, sur la frontière de Libye, à vingt lieuës de Quiteoa. Elle n’a que de méchantes murailles ; mais il y a un chasteau sur le haut d’une montagne. Ce sont Daruis, gens orgueilleux, et qui se piquent d’honneur, parce qu’ils ont quelque connoissance des Lettres. » Et de confirmer : « C’est là qu’est le lieu d’où sont venus les Chérifs, dont les descendans règnent aujourd’huy dans Fez et Maroc. » Il poursuit : « C’est un pays fertile en bled, orge et dates, et en gros et menu bestail. Le Chérif tient garnison dans le château, acause des Arabes du désert, et il y a quelques pièces d’artillerie. Cette place, et celle de Tanugumest dépendent du Gouverneur de Timesquit, qui est le principal de ces quartiers. »


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